Cartographie, toponymie et histoire

January 30, 2012 § Leave a comment

La toponymie fait référence à des noms propres ou des noms communs renvoyant à la mémoire d’un lieu, à divers scénarios, qui constituent son histoire. La toponymie sert comme rappel et mémoire d’événements passés, dans un lieu donné. Elle permet ainsi de relier passé et présent d’un point de vue historique.

Layla Curtis est une artiste britannique qui explore les notions de frontière, de territoire, et de langage. Dans NewcastleGateshead (2005), elle travaille à partir de la toponymie de cartes touristiques existantes, qu’elle détourne afin de mettre en lumière des liens historiques. Elle fait tout particulièrement référence à l’histoire de l’empire britannique.

Une des stratégies permettant d’affirmer une forme de domination et d’autorité sur un territoire donné, consiste à nommer et/ou renommer. Aussi bien dans le cadre des Empires des pays d’Europe, d’Angleterre, de France ou d’ailleurs, ou encore des conquêtes arabes notamment en Espagne. Elle propose une nouvelle réflexion, en détournant cette logique, et en créant des cartes alternatives sur un mode hybride, recoupant plusieurs territoires à la fois. Environ 30000 exemplaires ont été distribués dans divers sites touristiques au Royaume-Uni.

Ces nouvelles cartes relient plusieurs « topoï » portant le même nom : les villes de Newcastle (« nouveau château ») du Royaume Uni, d’Australie, du Canada, de Nouvelle Zélande, d’Afrique du Sud, et enfin d’Irlande du Nord. Cette pratique s’apparente d’après Judith Rugg à une « reconceptualisation de l’espace »[1]. Reconnecter ces espaces cartographiques mais aussi les territoires auxquelles ces cartes renvoient, par le biais de noms, permet de réactiver une mémoire, et générer un récit. Cette approche correspond à un travail de recontextualisation d’un point de vue historique et spatial.

Peter Sloterdijk compare les noms qui figurent dans les cartes à des « signes de découvreurs », et parle d’«enchantement impérial des noms ».[2] Quelque soit le point de vue adopté (romantique, critique, ou autre), les cartes sont dans tous les cas liées à la question du pouvoir[3]. Elles renvoient, selon Rugg, à des positions culturelles, idéologiques, et politiques, et à une « multiplicité de points de vue, d’intersections, d’histoires et de propositions alternatives ».[4]  La carte, « texte discursif » et « discours sur l’espace et le pouvoir » [5], constitue ainsi un espace instable.


[1] Judith Rugg, Exploring Site-specific Art, Issues of space and Internationalism, IB Tauris, London/New York, 2010, p. 128.

[2] Peter Sloterdijk, Le Palais de Cristal : à l’intérieur du capitalisme planétaire, Maren Sell, 2006, p. 147.

[3] Judith Rugg, Exploring Site-specific Art, Issues of space and Internationalism, IB Tauris, London/New York, 2010, p. 133.

[4] Ibid., p. 132.

[5] Ibid., p. 131.

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