Le Bazar Renaissance : Comment l’Orient et l’islam ont influencé l’Occident

April 7, 2012 § Leave a comment

Résumé de l’entretien d’Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde Diplomatique, invité de Daniel Mermet (France Inter), autour de l’ouvrage de Jerry Brotton : Le Bazar Renaissance – Comment l’Orient et l’islam ont influencé l’Occident. (Préfacier : A. Gresh)

Dans cette recherche, Jerry Brotton, Professeur et directeur de la faculté Humanités et sciences sociales à l’université Queen Mary (University of London), tente de resituer les relations entre Orient et Occident dans une “histoire globale” (et non limitée à une vision ethnocentrique, ou des frontières nationales), correspondant à un courant académique (essentiellement “anglo-saxon”) de world history (ndlr). A un moment où l’Occident perd sa place centrale (émergence de la Chine, du Brésil) dans un monde, devenant de plus en plus multipolaire et globalisé.

Ce n’est cependant pas un phénomène tout à fait nouveau, comme nous le rappelle Brotton. En effet, on oublie, un peu vite, les relations entretenues entre les différents pays autour de la Méditerranée, notamment à l’époque de l’Empire Ottoman.  Il n’y avait pas un Occident contre le reste du monde, ou coupé de ce dernier. Il y a eu une coopération beaucoup plus importante que ce qu’on veut bien laisser croire.

Cette idée d’un Occident renaissant, qui mue par son « génie », redécouvre son héritage grec, dont il aurait été coupé depuis plus de 2000 ans, est une construction. La Renaissance est une invention, un mythe (encore entretenu de nos jours). C’est une construction qui remonte au 19ème siècle, qui s’est faite a posteriori. Michelet, pour sa part, la situe en France, alors que le pays accuse une cuisante défaite militaire. Il a comme projet de réécrire l’histoire afin que la France revienne symboliquement au centre du monde (afin de marquer les imaginaires, ndlr). Cette Renaissance à la française serait aussi née de « rien », du simple « génie français ».

La construction de la Renaissance européenne, se caractérise par un retour à la période classique, au monde gréco-romain, en éliminant du coup l’apport de l’Islam et du monde arabe. Elle place, par exemple, la naissance de la Démocratie à Athènes, ce qui est aujourd’hui  extrêmement contesté. Brotton montre qu’il existait bien un bouillonnement à cette époque, mais qu’il était le fruit d’échanges intenses avec le reste du monde, notamment avec l’Orient et le monde musulman, ou encore l’Empire Ottoman. Ce qui a permit le développement de l’Europe,  la France, l’Italie, les Pays-Bas,  ce sont bien ces échanges et divers apports. La pensée de la Renaissance est non seulement dichotomique (coupant le monde entre « nous » et « eux ») mais aussi  schématique, car elle nie aussi les différences qui existent au sein même de l’Europe.

Brotton précise aussi que Christophe Colomb, a « envahit l’Amérique » et non « découvert ». Il avait à son bord des navigateurs expérimentés, qui étaient essentiellement des Berbères d’Andalousie, faisant partie à l’époque du monde arabo-musulman, ce qui complique encore notre (H)histoire (ndlr). Durant cette même période historique, juifs et musulmans seront chassés d’Espagne. On assiste à de terribles guerres de religion, et l’effroyable Inquisition. L’histoire est, en effet, beaucoup plus complexe et surprenante. Et loin de l’humanisme et de l’ouverture sur le monde, supposant caractériser l’Europe à cette période. L’invasion de ce qui deviendra l’Amérique, correspond à l’extinction d’une partie des populations autochtones, et l’exploitation éhontée d’hommes et de femmes d’Afrique, soumis à l’esclavage. On ne peut pas nier ces crimes (obscurité), ni les séparer des idées humanistes (lumières) qui apparaissent aussi à cette époque.

La division du monde entre Occident et Orient (« je » et l’ « autre »), qui est aussi une construction,  est cependant encore d’actualité.  Défiance toujours entretenue à l’encontre du Musulman, du Sarrazin, du Mahométan, à l’air invariablement menaçant. Comme s’ils étaient « toujours à nos portes, sabre à la main, prêt à nous égorger » (les termes de Mermet). Autre théorie redoutable et dangereuse, qui devient une véritable doxa dans certains milieux : « guerres des civilisations ».  On nous fait croire que cette opposition remonterait notamment à l’Empire Ottoman, et au siège de Vienne, qui aurait été vécu comme « un traumatisme » pour l’Europe chrétienne. En fait, Brotton, montre de nouveau que les relations étaient beaucoup plus complexes. Très rapidement, et avec un certain pragmatisme (mêmes intérêts économiques),  les échanges commerciaux (et autres) reprennent avec le monde musulman, et l’empire Ottoman. Certaines méthodes de calcul sont adoptées en Europe à cette époque : la double comptabilité pratiquées par les marchands arabes. Le Bazar est en pleine ébullition.

>>> Site d’Alain Gresh

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