Les Sarrasins et l’imaginaire européen

March 11, 2013 § Leave a comment

“Les Sarrasins, l’islam dans l’imagination européenne au Moyen Âge”  de John V. Tolan présente la vision des Sarrasins dans les ouvrages chrétiens du VIIe au XIIIe siècle, “qui colportent bien souvent des injures envers le prophète, de grossières caricatures du rituel musulman et des déformations délibérées de passages du Coran.”

Quatrième de couverture

Au premier siècle de l’islam, la majeure partie de l’Empire romain chrétien, de la Syrie à l’Espagne, passa sous la coupe des musulmans. Confrontés à cette conquête aux proportions inédites, comment les chrétiens du Moyen Âge réagirent-ils, face à ce qu’ils percevaient comme une menace épouvantable, face aux Sarrasins et à leur «loi»? À cette foi nouvelle, certains se convertirent; d’autres prirent les armes pour lutter contre elle. D’autres encore choisirent de combattre par le verbe cette religion si orgueilleusement triomphante, qui semblait dire aux chrétiens que leur Dieu les avait abandonnés. C’est ainsi que, entre le VIIe et le XIIIe siècle, nombreux furent les polémistes qui prirent la plume pour en saper les fondements mêmes. L’islam? Au pire, un culte païen, au mieux une hérésie. Mahomet? Une nouvelle idole, ou un faux prophète lubrique. Le Coran? Un tissu d’insanités, dont on cite des passages évidemment falsifiés. Au fil des siècles, les stratégies des penseurs chrétiens ou des missionnaires européens évoluent, à mesure que l’islam est mieux connu, pour affiner la charge et les arguments théologiques.

Mais la guerre idéologique demeure un enjeu fondamental, si marquant qu’il sous-tend nos propres représentations aujourd’hui: le sentiment de supériorité des Occidentaux à l’égard des musulmans et des Arabes n’est pas né avec la colonisation, il plonge ses racines au Moyen Âge.

Oriental enlightenment

February 10, 2013 § Leave a comment

JJ Clarke’s Oriental Enlightenment is a superb study of ‘The encounter between Asian and Western thought’, as the subtitle puts it [according to Kenan Malik]. It is primarily a historical study of  Western perceptions of  Chinese and Indian cultures and philosophies. Any exploration of the role of ‘Eastern’ thought in the Western intellectual tradition necessarily lies in the shadow of Edward Said’s 1978 work Orientalism, which has effectively set the terms of the debate. Western historians, philologists and philosophers, Said argued, have fabricated a complex set of representations about the Orient through which ‘European culture was able to manage – and even produce – the Orient politically, sociologically, militarily, ideologically, scientifically and imaginatively during the post-Enlightenment period’.

As the title of Clarke’s book reveals, he is not only aware of Said’s importance in this debate, but takes Orientalism as the starting point for his own study. But if Clarke draws upon Said’s insights, he also rejects much of his argument. ‘Where Said painted orientalism in sombre hues, using it as the basis for a powerful ideological critique of Western liberalism’, Clarke writes, ‘I shall use it to uncover a wider range of attitudes, both dark and light, and to recover a richer and often more affirmative orientalism, seeking to show that the West has endeavoured to integrate Eastern thought into its own intellectual concerns in a manner which, on the face of it, cannot be fully understood in terms of “power” and “domination”.’ He adds that

While recognizing that orientalism can only be understood adequately within the framework of colonialism and the imperialist expansion of the West, I wish to avoid seeing it as simply a mask for racism or as a purely Western construct which serves as a rationalisation of colonial domination. European hegemony over Asia represents a necessary but not a sufficient condition for orientalism.

The result is a work more nuanced in its understanding the encounter between East and West. Clarke follows the shifts and turns in Western appropriation of Eastern ideas, from the Enlightenment celebration of China and of Confucianism to the Romantic obsession with India through to contemporary New Ageism and the striking dalliance of a certain store scientists and atheists with Buddhism.

While it is impossible to write a book such as this without using terms such as ‘East’ and ‘West’, Clarke is well aware that such terms have ‘become devices for reducing endless complexities and diversities into manageable and falsifying units’. Throughout the book he challenges the stereotypical perception of East and West, of what the Indian historian Raghavan Iyer has called the supposed ‘eternal schism’ between East and West, ‘the dubious notion of an eternal East-West conflict, the extravagant assumption of a basic dichotomy in modes and thoughts and ways of life’, of the self-serving distinction between, in the words of another Indian historian Sarvepalli Radhakrishnan, the West’s ‘rationalistic and ethical’ positivistic and practical mind’ and ‘the Eastern mind [which] is more inclined to inward life and intuitive thinking’. […]

Source (blog): Pandaemonium

Translation masterclass from Arabic to English

February 9, 2013 § Leave a comment

Roger Allen, who was the first student in Britain to receive a degree in modern Arabic literature, from Oxford University in 1968, has translated the works of many masters of Arabic literature. Among these: Naguib Mahfouz, Yusuf Idris, Ibrahim al-Koni, Jabra Ibrahim Jabra, Abd al-Rahman Munif, and Saadallah Wannous, Bensalem Himmich, Jurji Zidan, Hanan al-Shaykh, May Telmissany, Hassan Najmi, and many others […].

Allen does not believe that classical Arabic and ‘ammeya Arabic are two separate poles. There are infinite possibilities between them and both the writer and the translator should be given the freedom to experiment with those possibilities.

For example, he said, the Mahdi edition of Alf Leila wa Leila (The Thousand and One Nights) was translated into a language that is not entirely classical and did justice to the oral tradition of the work. On the other hand, the Bulaq edition of Alf Leila almost wiped all that out and transformed it into a strictly classical text. […]

In conclusion, Roger Allen said that there is a great need for Arabic translations in the Anglophone world in contrast to the literary translations faring in the Francophone world.[…]

Source (blog): Arabic Literature (in English)

Jérusalem 1900 : une autre histoire de la Ville sainte

January 26, 2013 § Leave a comment

Vincent Lemire, l’auteur de Jérusalem 1900, dépeint une période de Jérusalem, qui est selon lui encore trop peu explorée par les historiens. Pour restituer et raconter cet « âge des possibles » il s’appuie sur de nombreuses sources inédites, notamment les archives de la municipalité ottomane de Jérusalem.

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Jérusalem n’aurait donc pas toujours été un champ de bataille, telle qu’on la conçoit comme une évidence aujourd’hui:

À l’orée du XXe siècle, une autre histoire se dessine, portée par l’émergence d’une identité citadine partagée, loin des dérives communautaristes qui semblent aujourd’hui l’emporter.

On y croise un maire arabe polyglotte, un député ottoman franc-maçon, des Juifs levantins, mais aussi des archéologues occidentaux occupés à creuser le sous-sol pour faire ressurgir les lieux saints de la « Jérusalem biblique ».

>>> Ecoutez l’auteur ici

Arabités numériques : le printemps du web arabe

January 1, 2013 § Leave a comment

Retour sur les combats des blogueurs militants qui, bien avant les soulèvements de l’année 2011, ont inventé le cyberactivisme arabe, en Tunisie, à Bahreïn en Egypte… Faut-il pour autant parler de Révolution 2.0, faire de Facebook ou de Twitter la clé des bouleversements politiques ?

Oui, disent les cyberoptimistes, pour qui l’inimaginable est advenu, grâce aux messages des réseaux sociaux et aux images des téléphones portables. Non leur répondent des voix plus pessimistes, pour qui le pouvoir libérateur des nouvelles technologies est une hypothèse qui résiste mal à l’examen des faits, et aux dures réalités des lendemains de la révolution.une chose est sûre en tout cas : la jeunesse arabe a créé une nouvelle manière d’être arabe, les arabités numériques de demain.

Avec : Pierre Alonso, journaliste à OWNI.fr. Milad Doueihi, historien des religions, titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques à l’Université Laval de Québec. Auteur en 2009 de La Grande Conversion numérique, et aujourd’hui de Pour un humanisme numérique, qui paraît aux éditions du Seuil, dans la collection La librairie du XXIème siècle. François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) où il a créé l’Observatoire géostratégique de l’Information en ligne et où il enseigne aussi. Auteur de nombreux travaux dont le dernier a pour titre Terrorismes Violence et propagande, Gallimard (Découvertes) 2011. Yves Gonzalez Quijano, maître de conférences en littérature arabe à l’Université de Lyon II et chercheur à l’Institut Français du Proche-Orient. Auteur de nombreux travaux dont le dernier Arabités numériques, le Printemps du Web arabe, vient de paraître aux éditions Sindbad/Actes Sud.

Source : écoutez les Jeudis de l’IMA

>>> Internet and the Arab spring (in English)

Farabi (Xe siècle), le second maître

December 9, 2012 § Leave a comment

Farabi (mort autour de 950) est considéré dans la philosophe médiévale de langue arabe comme le “second maître” après Aristote…

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La tradition grecque est demeurée vivante dans sa forme païenne jusqu’à son époque, au-delà même de ce qui a pu être traduit vers l’arabe soit directement du grec soit via le syriaque. Cette tradition, opprimée dans l’espace chrétien, a trouvé au sein de l’islam des conditions d’épanouissement, du moins dans un premier temps. En outre, le milieu culturel bagdadien de la première moitié du Xe siècle était affranchi de la contrainte religieuse, il inscrivait l’exercice de la pensée dans un horizon humaniste transculturel. C’est en cela que Farabi se trouve être le contemporain exact de Razi, le médecin philosophe qui a réfuté la prophétie, en a révélé l’inutilité, lui privilégiant la positivité du savant, du praticien et du penseur qui s’assume dans une mémoire grecque destinée à être corrigée, rectifiée, améliorée par le génie contemporain.

Plutôt qu’enfant de Muhammed, Razi s’estimait descendant de Galien et Farabi éclaireur cheminant dans le sillage d’Aristote commenté par les néo-platoniciens. Et pour ce qui concerne l’Intellect c’est l’explicitation d’Alexandre d’Aphrodise qui constitue pour lui la source principale même si le plotinisme conserve sa part. Farabi rêvait d’une cité  plutôt fondée sur la sagesse du philosophe et non point sur les commandements prétendument divins du prophète.

Par ailleurs, la notion aristotélicienne de prudence appliquée à la politique est acclimatée au personnel historique de l’islam premier. C’est ainsi que commence l’Epître sur l’Intellect par l’interrogation sur le cas de Mo’âwiyya (vers 605-680), celui qui a triomphé de ‘Ali, événement à l’origine du grand schisme qui divise les sectateurs mohammadiens entre sunnites et shi’ites. Ce fondateur de la dynastie omeyyade usait-il de sa raison pour bien délibérer  en vue de découvrir un bien et de le mettre en pratique, et en vue de découvrir le mal et de l’éviter, ce qui correspond à la « prudence » ? Bref était-il intelligent ? Ou  « rusé », « artificienx » car il utilisait correctement sa faculté intellective en vue de trouver de qui est un mal ?

Biblographie : Al-Farabi, Epître sur l’Intellect, Introduction, traduction et commentaires de Philippe Vallat, Les Belles Lettres, 2012

>>> Ecoutez l’émission ici sur France Culture

Ces étrangers familiers : Musulmans en Europe (XVIe-XVIIIe siècles)

September 22, 2012 § Leave a comment

On admet généralement que l’immigration massive des musulmans vers l’Europe a commencé avec la colonisation et qu’elle s’est développée à partir de la Première Guerre mondiale, quand l’armée avait besoin de soldats et les usines de main-d’oeuvre. Mais était-ce bien la première fois que l’Europe accueillait des musulmans et que des relations quotidiennes se nouaient entre eux et le reste de la population ?

Lucette Valensi a remonté le temps à la recherche de ces musulmans qui ont sillonné le monde chrétien entre les XVIe et XVIIIe siècles. Galériens dans tous les grands ports, morisques en Espagne, exilés politiques, aventuriers, marchands, voyageurs ou ambassadeurs des Etats musulmans : de la Moscovie à la Grande-Bretagne et des Pays-Bas à l’île de Malte, c’est par milliers qu’ils ont vécu au milieu des chrétiens. Ce livre retrace l’histoire de ces étrangers familiers, ancêtres des immigrés du XXe siècle.

L’historienne nous met en garde contre les menaces qu’islamophobie et xénophobie font peser sur les démocraties européennes, et s’interroge aussi sur les limites de l’universalisme des Lumières quand, prétendant uniformiser nos sociétés au nom de la raison et de l’autonomie individuelle, il le fait aux dépens de la diversité des références culturelles partagées.

>>> Les musulmans en Europe, XVI-XVIIIe siècles (à écouter et podcaster)

>>> Voir aussi: Les Musulmans dans l’histoire de l’Europe: une intégration invisible

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